1. Présente-toi en quelques mots  

Marie Bagi, j’ai 33 ans et suis lausannoise. Docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie, je suis l’autrice d’une thèse dédiée aux artistes femmes qui a été publiée en 2019, en deux volumes, sous le titre « L’Art au féminin ». Cela fait maintenant douze ans que je dédie mes recherches et mon intérêt à la question de la visibilité des artistes femmes. En 2020, j’ai créé l’association Espace Artistes Femmes, basé sur un projet de 2018 et reposant sur le concept de l’intime – lien entre la vie et l’œuvre de l’artiste –, un projet novateur.
 
2. Que signifie pour toi l'égalité femme/homme ?
 Cela signifie que nous sommes, en tant qu’êtres humains, traités de la même manière dans la société. Cette dernière tend vers un léger progrès mais est encore trop empreinte d’un patriarcat insistant. A cause de cela, il est encore difficile de parler d’égalité.
 
3. Selon toi, quelles sont les priorités en termes d'égalité femme/homme pour les prochaines 5 années ?
Je pense qu’il est nécessaire d’écouter ce que les femmes ont à dire et cela va au-delà des revendications malsaines. Il est très important de continuer à faire valoir nos droits qui sont tout aussi légitimes que ceux des hommes. Dans une société qui continue dans ses fondements patriarcaux, nous nous devons de défendre la femme, c’est-à-dire nous-mêmes, dans cette « lutte » qui tarde à aboutir. Sans avoir trop de rancœurs ou de haine quant à ce que nous avons vécu, il faut essayer de trouver un équilibre dans cette quête de la parité. L’émancipation de la femme s’est faite progressivement et encore, dans certains domaines, pays ou religions, elle n’est pas acceptée. Pourtant, avec certains constats, nous voyons ce que la femme peut apporter de bon lorsqu’elle est à la tête d’un corps quel qu’il soit. Lorsqu’il nous est forcé de nous positionner alors il ne faut pas hésiter à montrer « nos armes » et ici, en l’occurrence, l’importance de la place de la femme en société. Montrons, en unissant nos forces, que nous souhaitons une situation pacifiste et juste !
 
4. Pourquoi as-tu rejoint le CLAFV ? 
J’ai beaucoup apprécié notre collaboration artistique, l’année dernière, pour les 60 ans du CLAFV avec toute cette belle énergie au sein de votre équipe. Le concept de sororité est important pour moi et je suis d’avis que l’union fait la force. Pour moi, il était donc évident de vouloir m’investir dans cette magnifique association qui relie les femmes et dont la notion de partage est très importante – tout comme pour Espace Artistes Femmes. Merci donc à vous toutes, chères membres, de m’avoir élue. J’espère pouvoir apporter ma pierre à l’édifice.
 
5. Quel projet en faveur de l’égalité mènes-tu au sein du CLAFV et/ou de ton association ? 
Je crois qu’avant tout, je souhaitais parler de ce que l’histoire de l’art a laissé dans l’ombre. C’est-à-dire les réelles raisons qui font que les femmes sont invisibles de nos jours lorsque nous parlons d’histoire de l’art. En cela, j’aime transmettre les détails de ces raisons et de ces faits. Mon point de départ est ma citation : « On ne devient pas artistes : on naît artistes ». Basée sur ce que Simone de Beauvoir a écrit dans son tome II du « Deuxième sexe » : « On ne naît pas femme : on le devient », j’explique que pour l’artiste c’est l’inverse. La société fait que nous devons nous construire en tant que femmes alors qu’en étant artiste, c’est déjà présent et viscéral. Rien ne peut être altéré. En revanche, l’artiste va faire évoluer son art avec son vécu. Ce dernier va alors agrémenter sa production qui va alors la suivre tout au long de sa vie. En cela, l’artiste est unique et s’impose dans sa liberté d’expression grâce à l’utilisation de divers médiums. De cela, j’explique les fondements et l’intérêt de voir une œuvre différemment – son histoire – que pour son côté esthétique. Je souhaite donc défendre ce droit d’exprimer qu’être artiste est un métier vocationnel.
 
6. Comment réponds-tu quand on te dit que l’égalité est déjà réalisée en Suisse ? 
Que je pense, malheureusement, que nous sommes encore loin du compte. Même si, ces dernières années, il est possible de ressentir des changements, nous n’avons pas encore atteint cette égalité. Tant que la société nous exigera d’être égales à l’homme en ne respectant pas les essentiels, cela sera voué à l’échec.
 
7. Quel événement t'a convaincu de la nécessité d’agir pour l’égalité femmes-hommes ?
Lorsque j’ai pris conscience, lors de la découverte de l’artiste Louise Bourgeois en 2010 et les recherches pour mon mémoire de Master qui lui était dédié, que les artistes femmes ne bénéficiaient pas du même statut qu’un homme. Et que, je pouvais compter sur les doigts d’une seule main, le nom des artistes femmes qui ont été mentionnées durant mes études. L’injustice faite aux artistes femmes est une injustice globale qui touche toutes les femmes et dans tous les domaines. Il me fallait donc rectifier le tir et contribuer à cette reconnaissance tardive dans le monde de l’art. 

Pourquoi venir au CLAFV ?

C’est un réseau particulièrement doté en compétences féminines, qui permet des échanges très enrichissants ; une véritable interface de la vie civique, entre vie économique, politique et société en évolution.

Le CLAFV regroupe un très grand nombre de femmes par le canal de ses 25 membres individuelles et plus de 30 membres collectifs.

Toute association et personne qui adhère aux buts statutaires et en fait la demande peut devenir membre du CLAFV.

 

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